Le mot des fondateurs

Personne ne naît au sommet

Par Chloé Richard, cofondatrice

Chloé, cofondatrice d'Alpimate, assise face à une mer de nuages et des sommets enneigés à la lumière dorée
Chloé, au-dessus de la mer de nuages.

Je ne suis pas née au pied des sommets. Enfant, la montagne c'était la photo d'un calendrier, une idée un peu lointaine réservée à d'autres : ceux qui avaient l'équipement, le vocabulaire, les souvenirs de famille en refuge. J'y suis venue tard, adulte, sans rien y connaître. Et longtemps, j'ai cru que c'était trop tard.

La montagne a cette réputation de club fermé. Il y a les mots qu'on ne comprend pas (un rappel, une moraine, une conversion), le matériel qui coûte cher, les gens qui semblent tout savoir et qui montent vite. Quand on débute adulte, on n'ose pas. On se dit qu'on va ralentir le groupe, qu'on n'a pas le niveau, que ce monde-là ne nous appartient pas. Alors on reste en bas, à regarder les autres partir.

Ma première vraie sortie, je l'ai faite avec un accompagnateur en montagne. Un matin d'automne, la rosée sur les myrtilliers, un sentier que je n'aurais jamais trouvé seule. Il n'a pas eu un regard sur mon niveau. Il a réglé son pas sur le mien, il a mis un nom sur une fleur, sur un rapace qui tournait, sur la forme d'une vallée creusée par un glacier disparu. À midi, je ne regardais plus mes pieds : je regardais autour. La porte s'était ouverte, et personne ne m'avait demandé de CV.

J'ai compris plus tard que ce pro n'était pas une exception. Ils sont partout, ces gens dont le vrai métier est de rendre la montagne possible à qui n'y est pas né. Le moniteur de ski qui fait enchaîner ses premiers virages à un adulte débutant sans jamais l'humilier. L'accompagnateur qui lit le ciel et raconte le vivant. Le moniteur de canyon qui vous apprend à faire confiance à une corde et à l'eau vive. Le guide de haute montagne qui vous emmène, un jour, sur votre premier sommet à 4 000 mètres. Chacun dans sa discipline, chacun avec le même geste : tendre la main et dire, viens, c'est pour toi aussi.

C'est de là qu'est né Alpimate. Pas d'un exploit, d'une envie : que ces personnes soient visibles, choisies pour ce qu'elles sont, et trouvables par celles et ceux qui n'osent pas encore. Un pro de la montagne n'est pas une prestation qu'on ajoute à un panier. C'est un diplôme d'État, une responsabilité engagée, une connaissance intime d'un massif. Mais c'est surtout, pour un débutant, la différence entre rester en bas et lever les yeux. On veut que vous puissiez le rencontrer sans jamais vous sentir illégitime.

Parce que la montagne ne demande pas de CV, et elle n'a pas d'âge limite. On peut la découvrir à vingt ans, à cinquante, ou l'hiver prochain. En raquettes dans le Vercors, à ski dans le Valais, en randonnée dans les Aravis, sur une via ferrata en Vanoise. Ce qui manque, ce n'est jamais le droit d'y être : c'est quelqu'un pour ouvrir la porte, et les bonnes cartes en main pour oser le premier pas. Quel pro pour quelle envie, ce qu'une journée coûte vraiment, par où commencer. Nos Carnets existent pour ça.

Alors si vous vous êtes déjà dit que c'était trop tard, ou que ce n'était pas pour vous, je voudrais juste vous dire que c'est faux. Je suis bien placée pour le savoir. La montagne est une rencontre, et elle commence par un pro qui vous ouvre la porte. La plateforme est jeune ; on ouvre la bêta avec les pros fondateurs qui nous suivent, l'hiver comme l'été, dans les massifs français et suisses. Venez, même tard. Surtout tard.

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