A word from the founders

La montagne se moque du chrono

By Maxime Geay, cofondateur

Je suis un gars de la banlieue parisienne. J'ai grandi avec le goût de l'effort, mais celui du stade : de l'athlétisme, en compétition, là où tout se mesure. Un chrono, une place, un objectif qu'on coche. La montagne, je l'ai apprise autrement. Elle m'a appris à revoir mes ambitions à la baisse, à ralentir, à être humble. Ça m'a pris du temps. La première leçon, je l'ai reçue à quatorze ans, et elle a failli mal tourner.

Cet été-là, j'étais en vacances à Valloire avec mes grands-parents. Un après-midi, je décide de monter au col du Cheval Noir. 2 832 mètres, pas de quoi pavaner, mais pour le gamin du bitume que j'étais, c'était un sommet. Je pars vers quinze heures, en plein cagnard, avec une gourde et rien d'autre. Pas de veste, pas de carte, aucune idée du temps que ça prend vraiment là-haut. Le genre de départ qu'aucun pro ne vous laisserait faire.

Je passe par le col de la Madeleine, j'appelle une fois pour dire que tout va bien, et puis plus rien. Pas par bravade : dans ma tête de compétiteur, j'avais annoncé mon objectif, donc tout était sous contrôle. Je ne mesurais pas qu'une gourde vide et une nuit qui tombe, en montagne, ça ne pardonne pas. Je suis rentré bien plus tard que prévu, à la nuit, vers vingt-deux heures.

En redescendant vers la vallée, dans le noir, je vois deux phares monter dans les lacets. Une voiture, en plein sentier, qui s'arrête devant moi comme dans un film. Mon grand-père en sort et ne dit pas un mot. Ma grand-mère est en nage. Je me fais passer un savon : un seul appel, puis le silence pendant des heures. Ils avaient fini par prévenir la gendarmerie. Un gamin parti chercher un col avec une gourde avait déclenché tout ça. La honte.

C'est resté ma première vraie leçon de montagne, et elle n'avait rien d'un chrono. La montagne se moque de vos objectifs et de votre orgueil de compétiteur. Elle vous demande de revoir vos ambitions, d'accepter de ne pas savoir, de vous faire accompagner par plus expérimenté que vous. Tout ce que le stade ne m'avait jamais appris.

Ce gamin avec sa gourde, il n'avait personne pour lui dire « pas comme ça, pas seul, pas sans matériel ». Pas de pro, pas de repère, juste l'idée que la montagne était un terrain de jeu de plus. Des années plus tard, j'ai compris que la différence entre une bêtise et une vraie aventure tient souvent à une seule personne : un diplômé qui connaît le terrain, qui règle son pas sur le vôtre et qui vous ramène. C'est de là qu'est né Alpimate.

On veut que ces pros soient visibles, choisis pour ce qu'ils sont, payés sans commission opaque. Un guide de haute montagne, un accompagnateur, un moniteur, ce n'est pas un produit qu'on ajoute à un panier : c'est des années de formation, une responsabilité engagée à chaque sortie, une connaissance intime d'un massif. On veut aussi vous donner les cartes : combien coûte vraiment une journée dans les Écrins, quel pro pour un premier sommet, la différence entre un accompagnateur et un moniteur de ski. Nos Carnets existent pour ça.

Surtout, on veut que le gamin de banlieue que j'étais n'ait plus à partir seul, avec une gourde, pour toucher la montagne. Qu'il puisse, à la place, ouvrir une vraie fiche, écrire à un vrai pro, et y aller bien accompagné. La plateforme est jeune, on ouvre la bêta cet été avec les pros fondateurs qui nous suivent. La montagne ne se gagne pas. Elle se rencontre, et elle commence par quelqu'un qui connaît le chemin.

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